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Histoire de Saint Georges

Église Saint-Georges

 

L’église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques (arrêté du 29/12/1982) et, depuis 1998, le quartier Saint-Georges est inclus dans le périmètre inscrit par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité.

L’église Saint-Georges, probablement par suite de sa reconstruction en différentes étapes, n’avait pas été consacrée. Le dimanche 11 novembre 2012, le cardinal Philippe Barbarin a procédé à cette dédicace. Un film et un album de photos rendent compte de cette magnifique cérémonie de près de quatre heures.

 

  1. L’église dans le cadre de son quartier 

1.1 De Sainte-Eulalie à Saint-Georges

À l’époque romaine, le futur quartier Saint-Georges était un lieu de passage et un port. Un lieu de passage avec la voie romaine de la Narbonnaise dont le tracé subsiste sous les rues Saint-Georges et de la Quarantaine ; un port sur pilotis, orné de statues antiques, dont la découverte remonte aux travaux d’agrandissement du quai Fulchiron en 1840 et que l’opération archéologique du parc Saint-Georges, réalisée de 2002 à 2004, a confirmé. Le trafic du petit port romain, qui deviendra le port Sablet à l’époque médiévale, était favorisé par le passage de la voie romaine. À proximité devaient se trouver des entrepôts et quelques habitations.

À la fin de l’Empire romain, au IVe siècle, après les invasions barbares, le nouveau centre urbain se développera autour du groupe épiscopal (Saint-Jean, Saint-Etienne, Sainte-Croix) avec, au nord, Saint-Paul et, au sud, Saint-Georges, ce dernier faisant toutefois figure de parent pauvre, l’activité de la boucherie et du commerce des porcs lui étant réservée. De plus, la présence d’étuves et de maisons de débauche ajoutait encore à sa tenue à l’écart. Ce n’est donc que très lentement que ce quartier va se peupler et longtemps y subsisteront des parcelles cultivées et des vignes. En témoignent le nom de l’hôpital Saint-Laurent-des-Vignes, au-delà de la porte Saint-Georges, et la montée des Epies, ouverte en 1535 par Claude Le Viste pour desservir sa vigne de Fuer divisée en parcelles ou pies. La rue des Pies de Fuer figure sur le plan de Lyon de 1550 et, par déformation, elle deviendra la rue des Epies.

C’est dans ce contexte encore champêtre et agricole qu’au VIe siècle s’établit un modeste couvent de femmes, placé sous le patronage de sainte Eulalie, une jeune vierge espagnole martyrisée en 304 à Mérinda. D’après une tradition tardive (XIIIe siècle), le roi Childebert aurait rapporté, en 547, des reliques de cette sainte et les aurait remises à l’évêque Sacerdos qui en aurait alors doté l’église en cours de fondation.

En 732, les incursions des Sarrasins ruinèrent l’église et le monastère. Il faudra attendre 798 et l’élection de Leidrade à l’archevêché de Lyon pour entendre à nouveau parler de Sainte-Eulalie. Dans un rapport adressé à Charlemagne, entre 809 et 812, Leidrade rend compte de ses travaux à Lyon : « […] Dans cette même ville, j’ai réparé d’autres églises, dont l’une dédiée à sainte Eulalie, et où se trouvait un monastère de filles dédié à saint Georges ; je l’ai fait à nouveau recouvrir, et j’ai fait reprendre dans les fondements une partie des murailles. »

1.2 De Saint-Georges à l’église de Bossan

C’est au début du XIVe siècle, vers 1315, que vont s’installer, près de l’église Saint-Georges, les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard chevaliers de Rhodes puis de Malte. L’antique église de Leidrade est alors bien vétuste. Tout en demeurant église paroissiale, elle devient aussi l’église de la Commanderie et son entretien incombe à cette dernière. Ce n’est cependant qu’en 1492 que le nouveau commandeur de Saint-Georges, Humbert de Beauvoir, engage des travaux pour la restauration de l’église. On prévoit la démolition de l’abside et sa reconstruction, la reprise du bâtiment en entier en voûtant les bas-côtés, la construction d’un escalier à vis dans le clocher. Le réemploi des pierres de démolition est prévu. Sur la façade de l’immeuble du 53 rue Saint-Georges se trouve scellé un petit bas-relief, représentant saint Georges terrassant le dragon, qui pourrait provenir de l’ancienne église.

Dans un Noël imprimé à Lyon au XVIe siècle, le poète fait défiler les habitants des différentes paroisses lyonnaises puis ceux des villages d’alentour, tous empressés à se rendre à la crèche. Il n’est pas question que « Sainct George n’y aille / Sans ses copponier. » (Noëls en français et en dialectes du XVIe siècle, édités par Marina Fey, Université Lyon III Jean Moulin, Centre d’études linguistiques Jacques Goudet, 2008, strophe VII, p. 287).

À partir du XVe et, surtout, du XVIe siècle, l’apparition d’une nouvelle industrie, celle de la soierie, va donner un certain élan au quartier Saint-Georges. Alors que la population se composait surtout d’ouvriers et d’artisans, de mariniers, de petits boutiquiers et, au sud, vers l’hôpital Saint-Laurent, de jardiniers, le quartier Saint-Georges devient le principal quartier des canuts. La paroisse Saint-Georges regroupera jusqu’à 80% des travailleurs de la fabrique de la soie. Le mariage du créateur de Guignol, Laurent Mourguet, fils d’un canut, sera célébré à l’église Saint-Georges le 22 novembre 1788. Des teinturiers, attirés par la proximité de la rivière, s’installeront également à Saint-Georges. Cependant, des signes d’appauvrissement apparaîtront à travers la dégradation des constructions chiches en air et en lumière pour le travail sur les métiers et, à la Révolution, nombre d’ateliers iront s’installer dans les anciens couvents du vieux quartier de la Croix-Rousse, jusqu’à faire de ce quartier, avec l’arrivée des nouveaux métiers Jacquard au XIXe siècle, et la construction d’immeubles appropriés, le fief des canuts.

En 1792, sur ordre du maire de Lyon, Louis Vitet, les églises sont fermées et la chasse aux prêtres non jureurs est lancée. L’église Saint-Georges n’est plus entretenue et le 30 avril 1796 une partie du clocher s’effondre. La Commanderie devenue « bien national » est d’abord occupée par de nombreux locataires, puis vendue en 1807. Devenu une ruine à la suite d’un incendie en 1854, l’immeuble sera démoli en 1857 et, sur son emplacement, on édifiera, en 1884, le groupe scolaire actuel.

Un des rares souvenirs de la Commanderie se trouve place Benoît-Crépu, au n° 13, dans une pierre insérée dans un mur et portant l’inscription : « A la Croix de Malthe ».

À la suite du Concordat, Saint-Georges redeviendra église paroissiale.

 

  1. L’église de Bossan

En 1842, l’abbé Jean-Marie Servant, le jour même de son installation officielle comme curé de Saint-Georges, annonce son intention de bâtir une nouvelle église. Vicaire depuis 11 ans dans cette paroisse, il s’est rendu compte de l’état de délabrement de l’église, en dépit de multiples et onéreuses réparations. C’est au jeune architecte Pierre-Marie Bossan qu’est confié le soin de la reconstruction de l’église. Il en dessinera les plans ainsi que toute l’ornementation dans ses moindres détails : autels, chaire, baptistère, stalles, boiseries et retables. Dans une 1ère phase les travaux consistent en la démolition et la reconstruction de l’abside, du chœur, du transept et la construction du clocher. Pour l’essentiel, ces travaux seront achevés en 1859. La reconstruction des nefs et de la façade principale commence en 1869 et se termine en août 1870 par le dallage des sols et la mise en place des bénitiers. Des travaux de finition se poursuivront jusqu’à la fin du siècle, en particulier les sculptures des clochetons et des pinacles.

L’église de Bossan nous est parvenue pratiquement telle qu’elle avait été conçue ; seuls les vitraux de Maréchal de Metz et de Barrelon ont été en grande partie détruits le 2 septembre 1944, lors de la destruction à l’explosif de la passerelle Saint-Georges, des ponts Tilsitt et d’Ainay. D’importantes réparations effectuées à la toiture entre 1971 et 1979 ont fait disparaître en partie les décors peints de Joseph Cerdon.

2.1 L’extérieur

Bossan a conçu l’édifice dans le style du XVe siècle, en forme de croix latine, orientée d’ouest en est.

L’ornementation extérieure est de style gothique flamboyant. Des pierres de Tournus ont été utilisées pour les façades et l’abside, des pierres de Saint-Cyr pour les corniches et la tour du clocher, de Villebois pour l’assise de l’édifice.

La façade principale se singularise par deux tourelles encadrant la partie médiane de cette façade. Ces tourelles sont munies chacune de six étroites ouvertures rectangulaires étagées en meurtrières, elles abritent les escaliers d’accès à la charpente. La partie médiane de la façade comporte de bas en haut trois étages distincts. Le premier niveau est centré sur le porche placé sous un arc brisé mouluré, souligné par une frise végétale, encadrant en tympan un bas-relief représentant saint Georges à cheval transperçant de sa lance un démon en forme de dragon ailé. À remarquer aussi les deux blasons sculptés : à gauche celui du pape régnant lors de la construction de l’église : Pie IX, et à droite les armes de la ville de Lyon. L’entrée de l’église est encadrée par deux hauts pieds-droits supportant les statues de saint Jean l’Evangéliste à droite et de saint Pierre à gauche, tous deux surmontés d’un dais gothique ouvragé. Le 2ème niveau de la façade est marqué par une balustrade ajourée surmontée d’une grande rosace flamboyante. Le 3ème niveau est occupé par une Vierge à l’Enfant assise dans une niche avec, de part et d’autre, un ange agenouillé sous un dais architecturé.

Entre les chapelles du chœur et les bras du transept s’élèvent deux petites tourelles pentagonales, formant absidioles. Leurs portes, en anse de panier, donnent accès à la crypte.

2.2 L’intérieur

L’orgue, au-dessus du tambour d’entrée, a été construit par la société Merklin-Schütze de Paris en 1862, puis agrandi par Joseph Merklin et installé sur la tribune et dans le buffet actuel – buffet et tribune dessinés par Bossan – en 1873. Il est silencieux depuis 1970, par suite d’une mauvaise protection lors d’importants travaux de consolidation de l’église.

À l’entrée de la nef centrale, devant les deux premiers piliers, les bénitiers en pierre grise reposent chacun sur un pied pyramidal tronqué.

Le baptistère, à gauche en entrant dans l’église. La cuve baptismale, de marbre beige clair, décorée sur son pourtour de lancettes ogivales trilobées, repose sur un pied de section hexagonale. L’armoire aux saintes huiles est enchâssée dans un petit portique sommé d’un fleuron et de deux pinacles, lui-même soutenu par deux arcs-boutants émanant de deux pilastres prolongés par des pinacles pyramidaux. Sur le socle s’enroule le Serpent.

Les confessionnaux. Sur le côté gauche de l’église, deux confessionnaux style Renaissance, du XVIIe siècle, proviennent de l’ancienne abbaye de l’Ile-Barbe. Ils ont été achetés en 1806 par le curé Gourdiat désireux de remeubler son église pillée à la Révolution. Leurs frontons triangulaires enferment le Delta rayonnant de la Trinité. Encastrés dans leurs portes, deux panneaux sculptés représentant, l’un l’Enfant Jésus emmailloté, les bras largement ouverts, ayant à ses pieds deux têtes d’angelots ailées, l’autre un motif floral surmonté d’une tête ailée de chérubin. Sur le côté droit, près du tambour de la porte latérale de l’église, un confessionnal dessiné par Bossan.

La chaire est aujourd’hui privée de l’abat-voix, un baldaquin de bois polygonal très ornementé et couronné d’un ange ailé. La cuve de forme polygonale est ornée sur cinq pans des statuettes des quatre évangélistes et de saint Pierre, posées sur des culots figurant leurs symboles respectifs. Elle repose sur un piétement de coupe octogonale fait de colonnettes encadrant de hautes baies ogivales aveugles.

Des grilles de fer forgé, ornées de légers motifs floraux et de roses dorées séparent les nefs latérales du transept. Les bras nord et sud du transept abritent les deux chapelles de la Vierge et de Sainte-Catherine.

La chapelle de la Vierge abrite un superbe retable néogothique de bois naturel, partiellement doré, très ornementé. Sa partie centrale enferme une grande toile du XVIIe siècle, représentant la descente du Saint-Esprit sur la Vierge et les Apôtres rassemblés à la Pentecôte. Au-dessus se détache le groupe sculpté polychrome du Couronnement de la Vierge, sous un dais à pinacles, soutenu par deux arcs-boutants, et flanqué de deux anges musiciens. Une Vierge à l’Enfant, offerte en 1849 par le curé Servant, dans une niche sommée d’un dais à lanternon, surplombe cet ensemble.

La chapelle Sainte-Catherine abrite aussi un retable, mais beaucoup moins ouvragé. Il est centré sur un grand tableau XIXe siècle représentant sainte Catherine accueillie, après le supplice de la roue, par le Christ vers qui la guide l’ange qui lui remet la palme du martyre. On distingue, dans le lointain, deux scènes annexes : à gauche, la condamnation au prétoire, à droite un temple païen.

Le chœur s’ouvre sur ses chapelles latérales par une voûte ogivale surmontée d’une fenêtre. Le soubassement de l’autel-majeur est décoré d’un bas-relief représentant, sur fond or, la Déposition de Croix. Le tabernacle est entouré de colonnettes torsadées à chapiteaux de feuillages et sa porte est ornée d’un écu « de gueules au lion d’or » entouré d’arabesques sur fond bleu. Le ciborium a aujourd’hui disparu. Les stalles ont été sculptées en 1849 par l’ébéniste E. Ferra d’après les dessins de Bossan.. Les murs de la chapelle du Sacré-Cœur ont été décorés en 1895 par le peintre décorateur Joseph Cerdon. Sur le mur sud de cette chapelle, on voit le portrait du curé Jean-Marie Servant. Dans ce même mur s’ouvre une porte accédant à la tourelle-absidiole sud qui, contrairement au projet de Bossan qui la plaçait à la crypte, abrite la sacristie. Symétrique à la chapelle du Sacré-Cœur, celle de Saint-Joseph également décorée par Cerdon. À l’entrée de cette chapelle, une porte donne accès à un escalier aménagé dans la tourelle-absidiole nord, il conduit à la crypte.

Les vitraux. Dès 1945, à la demande du curé de la paroisse, l’abbé Emmanuel Chenevaz, les peintres Robert Roland et Luc Barbier dessinèrent les cartons pour une trentaine de vitraux ornés d’écussons aux armes des commandeurs de Saint-Georges. Ils furent réalisés et mis en place par le verrier Lamy-Paillet. À remarquer les vitraux du chœur, réalisés il y a quelques années par les élèves du Cours privé Bienheureux François et Jacinthe de Fatima.

La crypte est située sous la partie orientale de l’église, grâce à la déclivité du terrain. Bossan y avait prévu la sacristie, ce qui se révéla peu pratique et conduisit à son installation au niveau du chœur, dans la tourelle-absidiole sud. Les élèves du Cours privé Bienheureux François et Jacinthe de Fatima viennent d’en réaliser les vitraux.

Notice rédigée à partir de l’ouvrage de Michel Francou, Les clefs de Saint-Georges, Lyon : Jacques André éditeur, 1998.

Voir également :

Olivier Savey, Monographie de l’église Saint-Georges de Lyon. Volume 1 : étude et annexes ; volume 2 : illustrations, plans et clichés photographiques. Maîtrise d’histoire de l’art, Université Lumière Lyon II, année universitaire 1995-1996.

Grégoire Ayala, Lyon, les bateaux de Saint-Georges, une histoire sauvée des eaux. Lyon : éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2009.